Speech minister Blok bij Frans-Nederlands Forum

Toespraak van minister Blok  (BZ) op het Frans-Nederlands Forum, dinsdag 4 december 2018 in Parijs. Deze tekst is alleen beschikbaar in het Frans.

Monsieur le Ministre,

Mesdames et Messieurs,

C’est un honneur de revenir dans cette ville dont je garde de si bons souvenirs. J’ai eu, jeune homme, le privilège d’habiter et de travailler à Paris. Je me souviens que j’ai pris le métro un jour, en route pour Société Générale, mon employeur á l’époque, et j’étais émerveillé que j’étais presque seul dans le train. La porte de mon bureau était pleinement fermé, et après quelques minutes désespérés, je trouvais le gardien, qui m’expliquait que c’était le onze novembre. Une date qui depuis lors est engrainé dans ma tête, et j’ai eu l’honneur de le commémorer avec vous il-y-a quelques semaines devant l’Arc de Triomphe.

Je voudrais ainsi saisir cette occasion pour remercier mon homologue de son hospitalité. J'ai une grande appréciation pour ses années d'expérience dans le domaine de la politique étrangère, non seulement en ce qui concerne l'Union européenne, mais également au Mali et au Sahel, où les Pays-Bas et la France coopèrent depuis des années pour renforcer la sécurité.

Et maintenant, je voudrais parler de l’Europe et la jeunesse. Aujourd’hui, mon fils a pu suivre une partie de ses études dans un autre pays européen. Grâce à une bourse Erasmus, il a vécu quelque temps à Vienne. Il s’est perfectionné en allemand, comme moi jadis en français. Même si dans mon cas, le résultat est loin d’être parfait, comme vous l’entendez.

Je suis convaincu qu’une telle expérience dans un autre pays européen apporte un formidable enrichissement. En apprenant la langue du pays d’accueil, nous saisissons mieux sa culture.

Nous apprenons à mieux nous connaître, et à mieux nous comprendre. Grâce au programme Erasmus, les jeunes prennent davantage conscience de l'importance de la coopération européenne. Cette conscience de la jeunesse est d’ailleurs déjà très palpable. Nous l’avons clairement vu avec la pénible expérience du Brexit. Ce sont les jeunes qui se sont prononcés en masse pour le Remain.[1] Le constat est le même lors des consultations citoyennes aux Pays-Bas : les jeunes sont plus souvent pro-européens que leurs aînés.

Mesdames et Messieurs,

Dans sa forme officielle, la coopération européenne est relativement récente. Mais les échanges culturels et la circulation des idées sont bien entendu beaucoup plus anciens. J’ai évoqué Érasme – le plus illustre humaniste hollandais. Ce natif de Rotterdam, qui a fait une partie de ses études au collège de Montaigu, à Paris, rêvait d’une Europe en paix. Plus de 100 ans après, Descartes suivait le chemin inverse, pour s’installer à Amsterdam. Au 18e siècle, ce fut au tour de grands philosophes français de venir en Hollande, et d’y faire imprimer leurs travaux. Voltaire qualifiait même la Hollande comme paradis terrestre. Diderot fit un long périple dans mon pays et lui consacra un livre.

Plus tard encore, Van Gogh parcourut le chemin inverse pour chercher dans le sud de la France la chaleur des couleurs et la douceur du climat et y réaliser ses plus belles œuvres.

Bref, cette circulation des idées, ces échanges culturels et linguistiques existent depuis des siècles. Notre coopération formelle est, elle, plus récente. Il a fallu deux guerres mondiales d’une cruauté sans égale, deux guerres sans précédent et sans merci pour nous faire comprendre que la coopération n’est pas une faiblesse mais une force. Héraclite le savait déjà : la guerre est père de nous tous.[2] La guerre est aussi le père de l’Union européenne. Le charbon et l’acier ont nourri la guerre, leur réunion a fait naître la paix. Mais la mère, la mère de l’Union européenne est bien le volontarisme. Six pays, dont la France et le Pays-Bas, ont eu la volonté de lancer la coopération européenne. Au final, 28 pays ont eu la volonté d'y adhérer. Ils n'étaient pas forcés de le faire. Et ils peuvent donc aussi renoncer à coopérer, même si l'on peut se demander si un tel choix est raisonnable, comme en témoigne l’actualité.

Des décennies durant, la coopération européenne s’est approfondie, élargie et améliorée. Certes pas toujours sans heurts. Des générations d’hommes politiques, de citoyens et de chefs d’entreprise ont compris que la force, c’est l’unité. Ce qui ne veut pas dire l’uniformité.

Et aujourd’hui l’Europe, notre Europe, se retrouve indiscutablement dans la tourmente. Une multitude de crises extérieures mettent la vitalité de notre coopération à très rude épreuve. Mais la menace est aussi intérieure. Des somnambules politiques glorifient le retour à un passé chimérique. Ils critiquent l’Europe actuelle mais ne proposent aucune alternative réelle. La fascination pour un nationalisme dépourvu d’humanisme et pour différents projets dits « antilibéraux » grandit. L’avenir fait parfois peur. Notre Europe est ainsi confrontée à des problèmes majeurs et existentiels.

Et bien que la guerre soit le père de l’Union européenne, elle n'est plus pour beaucoup qu'une ombre lointaine.

Pour l’observateur superficiel, l’Union semble parfois être à la recherche de la mission perdue. Le malaise est palpable : une Unbehagen in der Union.

Il appartient à la France et aux Pays-Bas, deux pays fondateurs de l’Union européenne, qui ne se sont plus battus depuis 200 ans, de faire contrepoids à cette tendance. De proposer un discours nouveau et convaincant, notamment pour la jeune génération. Car force est de constater que le projet européen est un miracle. C’est un projet unique dans l’histoire. Soyons donc plus optimistes. Plus audacieux. N’ayons pas peur.

Le président Emmanuel Macron est un Européen convaincu, non seulement en paroles mais aussi en actes, car il a déjà pris plusieurs initiatives audacieuses. Dans son discours à la Sorbonne, il a souligné à neuf reprises l’importance de la jeunesse. Le président français est un réformateur, de l’Union européenne comme de son propre pays. Nous en sommes heureux et cela nous porte à espérer.

Car il faut une France forte pour avoir une Union forte. Emmanuel Macron a aussi évoqué à plusieurs reprises une union de valeurs. Il a sur ce point les Pays-Bas à ses côtés.

Notre Premier ministre, Mark Rutte, s'est lui aussi exprimé sur l’Europe devant le Parlement européen et à Berlin. Son approche est résolument positive : il faut partir de la force des États, pas de leurs faiblesses. Pour construire un marché robuste, assurer notre sécurité par une coopération efficace, avec des États qui respectent les critères de Maastricht et mettent leurs finances publiques et leur économie en ordre. Pour une Europe utile aux citoyens, soucieuse notamment d'emploi et de sécurité. 

Ce sont là autant d’idées et de propositions raisonnables de votre président et de notre premier ministre. Que pourrait y ajouter un simple ministre des Affaires étrangères ?

Quelques petites touches quand même, et notamment au sujet des jeunes Européens.

Pour durer, l’Europe doit être forte et robuste. Une Europe juste, qui a ses affaires en ordre, et qui contribue à promouvoir la stabilité dans le monde. Je pense ici au Mali et au G5 Sahel, ou les Pays-Bas et la France coopèrent depuis des années pour renforcer la sécurité.

Récemment, nous avons ouvert un bureau diplomatique au Niger, où je me suis rendu, et où nous continuons à intensifier nos efforts.

Le climat est un autre domaine dans lequel la coopération européenne est impérative. C'est aussi une des attentes de la jeunesse. La France et les Pays-Bas entendent ouvrir la marche, et notre collaboration en ce domaine est déjà fructueuse.

Cela passe par une politique ambitieuse et potentiellement l’ajout de clauses sur le climat dans les accords commerciaux avec les pays tiers.

Si nous voulons une Europe durable pour les prochaines générations, il nous faut aussi être francs. Car il est maintenant clair que notre Union est fragile. Cela implique, pour la France et les Pays-Bas, qu’il faut être strict en ce qui concerne l’élargissement et en ce qui concerne Schengen. Nous devons respecter les critères. À l’heure actuelle, l’élargissement ne peut se faire qu’avec des pays qui sont capables de porter l’Union.

Le Brexit est l’une des plus fortes désillusions politiques du XXIe siècle. Il est mauvais pour le Royaume-Uni, mauvais pour l’Union, pour notre pays et pour la France. Mauvais aussi pour la jeunesse européenne, qui veut une Europe unie, et non divisée. Le Brexit est une lourde perte, du point de vue économique, militaire et géopolitique. C'est une décision que nous regrettons, mais nous la respectons. Brexit signifie bien Brexit, et l’Union doit poursuivre sa route.

Et, soyons clairs : nous restons voisins. Le Royaume-Uni quitte l’Union européenne, pas l’Europe. Nous gardons un partenaire majeur de l’autre côté de la mer.

Dans quelques jours, nous fêterons les soixante-dix ans de la Déclaration universelle des droits de l’homme (il se trouve que ce sera aussi le jour de mon anniversaire). Là encore, nous sommes loin d'une tranquille évidence. Partout dans le monde des tendances autoritaires s’affirment, des journalistes sont emprisonnés, des défenseurs des droits de l'homme sont réduits au silence, et la vérité s’égare. La France est la patrie de Rousseau, de Montesquieu et de Voltaire, le pays des droits de l’homme. Et les Pays-Bas sont eux aussi connus pour leur attachement à la liberté et aux droits individuels. Il n'est donc pas étonnant que nos pays agissent de concert en Europe et ailleurs dans le monde. Comme dans le cas du Régime de sanctions mondial contre les violations des droits de l’homme. Nous devons adapter les différents mécanismes de l’UE aux exigences du XXIe siècle.

Le climat, l’emploi, les droits de l’homme, la stabilité : autant de dossiers pour lesquels nous avons besoin de l’Union européenne. Une Union réformatrice, protectrice et efficace.

J’ai beaucoup appris de mon séjour à Paris. Sur la richesse culturelle française, sur ce qui nous unit et nous touche, et aussi sur ce qui nous différencie. Et c’est justement parce que nous sommes différents que nous coopérons avec succès. Lorsque la France et les Pays-Bas sont d’accord, le compromis est sans doute parfait. L’intuition de Van Gogh associée à la pensée cartésienne. Travaillons ensemble pour l’Europe. Construisons ensemble une Union plus forte pour les prochaines générations. Offrons-leur des perspectives, des emplois, un avenir et des rêves. Érasme, Victor Hugo, Stefan Zweig : tous rêvaient d’une Europe à jamais sans guerre. Pour notre jeunesse, il faut faire vivre la démocratie européenne.

Il faut réformer l'Union afin qu'elle soit efficace, pourvoyeuse d'emplois et de protection. Et pour réformer l’Europe, il faut écouter la voix des citoyens. De tous les citoyens, surtout celle de la jeunesse.